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Politique
 

Syndicats estudiantins africains : Histoire d’un engagement syndical et politique

Le syndicalisme en milieu universitaire en Afrique noire francophone tire sa source dans l’engagement sans faille de ce qui pourrait être qualifié de faîtière du syndicalisme étudiant : La FEANF. C’est à partir de ce syndicat né en France que le mouvement va se répandre sur le continent.

La FEANF (fédération des étudiants d’Afrique noire en France) est née en 1951 en France. L’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade expliquait ainsi les raisons qui ont présidé à sa naissance:« Dahoméens, Ivoiriens, Sénégalais, Camerounais, tous se rendirent bientôt compte qu'au-delà de la diversité des langues, des coutumes une même volonté de s'instruire, de se cultiver, de servir l'Afrique les unissait. Ce sentiment de solidarité ne tarda pas à se concrétiser par la création à Paris d'une association générale des Étudiants Africains ».

Parmi ses pères fondateurs, l’on note d’illustres personnalités du continent encore en vie. Alpha Condé, président actuel de la Guinée, Francis Wodié, Professeur agrégé de Droit et constitutionnaliste ivoirien réputé, feu Félix Moumié du Cameroun, Emmanuel Tévoédjre du Bénin Noaga Oualian du Burkina.
Dès 1951, les fondateurs de la FEANF, dont Abdou Moumouni, posent les bases de ce qui constituera la ligne de conduite du mouvement durant ses trois décennies d’existence. Abdou Moumouni à Paris, en juillet 1951 déclarait : « Il est dit que notre fédération n’adhère à aucun parti politique mais nulle part dans nos statuts il n’est dit que notre fédération ne fait pas de politique. »

Fort de cette posture, la FEANF va s’engager depuis la France dans la bataille pour les indépendances. C’est son intelligentsia qui s’érige en contre-pouvoir des régimes africains encore indolents sur la question des indépendances avant 1960. Aux revendications matérielles, pédagogiques vont succéder les revendications politiques et revendications éthiques.

En outre, la FEANF joue un rôle d’éclaireur des peuples africains qui piaffent d’impatience pour se libérer du joug colonial. A ce sujet le Togolais Albert Franklin, membre fondateur de la FEANF, déclarait : « C’est dire que le syndicalisme authentique exige que les étudiants africains, aujourd'hui en France, travaillent non seulement à améliorer leurs conditions de vie. Cela signifie qu'il faut mettre en lumière les raisons profondes de la situation actuelle. Il va sans dire que nous ne saurions remplir ce devoir en fermant les yeux et en bouchant les oreilles, devant les luttes et nombreuses souffrances des militants qui, dans nos contrées lointaines, donnent le meilleur d'eux-mêmes pour que naisse une Afrique digne, libérée du colonialisme. C'est de la politique nous crie-t-on. Il est curieux et amusant de voir certains hommes, qui vivent de cette politique, nous signifier que la politique est tabou ».

Pour Joseph Ki Zerbo également, le rôle des étudiants africains avant les indépendances est clair : « il sera un militant. » clamait-il. La FEANF, dans sa grande majorité, est d’obédience marxiste. Elle noue des liens étroits en 1958 avec l’UGEMA qui regroupe les étudiants musulmans algériens. Elle prendra fait et cause alors pour les résistants algériens, le FLN en l’occurrence, en guerre contre la France.

A en croire l’historienne française Françoise Blum, « les liens avec l’Est et le camp socialiste passent souvent par l’Union internationale étudiante (UIE) de Prague, dont la FEANF est adhérente depuis 1956, et qui lui donne chaque année la possibilité de répartir quelques bourses pour l’Europe de l’Est ».
Cependant, elle n’occulte pas les combats d’ordre corporatistes menés par les étudiants africains à travers des grèves. « Ces grèves portaient généralement sur les conditions matérielles, sur l’alimentation à laquelle il était souvent reproché d’être mauvaise, ou de ne pas tenir compte des habitudes africaines. Or, beaucoup de dirigeants de la FEANF ont fait ainsi leurs premières armes dans des conflits de lycées. » Ajoutant que « le mieux-être, dans le cas des étudiants africains, c’est aussi un souci de dignité, l’accès à des conditions de vie équivalentes à celles du colonisateur. Ce souci de dignité, d’égalité, de conditions de vie équivalentes traversent toutes les grandes grèves qui ont balayé le continent dans les années 1950 ».
L’activisme syndical et politique de la FEANF est d’une telle pugnacité qu’en 1980, le pouvoir français incarné par Valery Giscard d’ Estaing, prendra la décision de la dissoudre. Si la FEANF cesse d’exister en France, elle peut se réjouir d’avoir semé une graine sur le continent africain. Pour pousser les partis uniques à la démocratie, les métastases de la FEANF joueront un rôle important.

1990 et l’action des syndicats estudiantins

Le vent de démocratisation de l’Afrique et notamment de l’ouest n’aurait pu avoir lieu sans l’action de certains syndicats. Cela est inéluctable. En Côte d’Ivoire, personne ne pourra nier l’action prépondérante de la FESCI (Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire) en 1990.

Après avoir mis sous l’éteignoir le MEECI (mouvement des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire), émanation du parti unique PDCI, la FESCI se range naturellement des contestataires de gauche. Le pouvoir l’accusera d’être à la solde du FPI de Laurent Gbagbo. Au cours de l’année 1990, les étudiants de la FESCI vont participer à la démystification de Houphouët-Boigny et son régime.

A la suite de coupures intempestives d’électricité dans les résidences universitaires alors que les étudiants sont en révision pour les examens, la FESCI va prendre la rue. Une rue bouillonnante qui refuse, au plan social déjà, les mesures drastiques de Ouattara et du FMI. La pression des étudiants qui réclament autant des conditions de vie décentes qu’une liberté syndicale va payer.

Leur syndicat est reconnu officiellement et le pouvoir est obligé derrière aux aspirations des leaders politiques qui réclament le multipartisme. Le Front populaire ivoirien (FPI) est autorisé le 30 avril 1990. La FESCI sera soutenue par Laurent Gbagbo et l’opposition lors de la descente des forces de l’ordre sur le campus de Yopougon en 1991. Plusieurs étudiants avaient été blessés.

C’est pour réclamer justice pour les étudiants et des poursuites pour les auteurs des exactions contre eux que Gbagbo organise la marche du 18 février 1992. Violemment réprimée cette marche conduit Laurent Gbagbo et toute sa famille en prison, avec certains leaders estudiantins dont Ahipeaud Martial, premier Secrétaire Général de la FESCI.

La FESCI va jouer dès lors, un rôle hautement politique dans la marche de l’opposition. Elle va même organiser un télé-thon pour l’élection de 2000. Lorsque le Général Guéi tente de confisquer le pouvoir, les étudiants de la FESCI seront nombreux à descendre dans la rue. On comptera de nombreux morts dans leurs rangs. A l’avènement de la rébellion de 2002, la FESCI s’est rangée du côté de la république incarnée par Laurent Gbagbo.

Au Mali, l’AEEM (Association des élèves et étudiants du Mali) a permis aux forces progressistes d’accélérer la chute de Moussa Traoré au pouvoir depuis 1968. Entré en clandestinité du fait de la répression du pouvoir d’alors, l’AEEM renaîtra de ses cendres en 1990. Elle multiplie les revendications corporatistes qui ont le don d’agacer le pouvoir militaire. Il répond par la violence et la répression.

Portée par le vent démocratique ambiant, l’AEEM affronte le pouvoir sans faiblir. Cette confrontation prendra une tournure historique entre janvier et le 27 mars 1991. Croyant casser l’élan estudiantin en arrêtant Oumar Mariko, le pouvoir enflamme tout le Mali, sans le vouloir. Les manifestations redoublent d’ardeur et les autres couches de la population descendent dans la rue.

Moussa Traoré fait tirer sur les étudiants et les populations en vain. Le Mali est en feu et sa tentative tardive de nouer un dialogue avec les étudiants et les autres syndicats est inutile. Face à l’enlisement et au chaos généralisé, les militaires finissent pas se ranger du côté du peuple. Avec Amadou Toumani Touré en tête, ces militaires déposent le général Traoré Moussa le 27 mars 1991.

L’alternance démocratique qui s’ensuit et qui demeure à ce jour au Mali doit une fière chandelle au sacrifice des étudiants de l’AEEM.

Au Burkina Faso, le mouvement syndical estudiantin est tributaire de son ancêtre qu’est l’association des étudiants voltaïques en France. Présidée à sa naissance en 1950 par Joseph Ki Zerbo, l’AEVF est abreuvée à la sève nourricière de la FEANF. Les syndicalistes entre en action dans les années 70 contre le régime du Général Lamizana. Les étudiants s’opposent à sa volonté de museler les libertés publiques.

Ils sont également actifs en Côte d’Ivoire et en novembre 1970, 200 d’entre eux sont expulsés de l’Université d’Abidjan. Leur manifestation de soutien au régime de Sekou Touré qui venait de subir une tentative de renversement échauda Houphouët-Boigny.

A la création de l’Université de Ouagadougou en 1974 va fixer la jeunesse estudiantine burkinabé sur place. Et celle-ci va jouer un rôle prépondérant dans la révolution des Sankaristes en 1983. En effet, lorsque Sankara est arrêté le 17 mai 1983, sa libération intervient à la suite de gigantesques manifestations des étudiants burkinabé. Ces derniers étaient en phase avec ses thèses anti-impérialistes.
A la mort de Sankara en 1987, l’Association nationale des étudiants du Burkina (ANEB) s’oppose au régime Compaoré. Elle est tellement incontournable qu’elle est associée aux travaux de la nouvelle constitution post-multipartisme en 1991. Malgré la chape de plomb, les syndicalistes étudiants maintiennent la pression sur le régime pour briser l’interdiction de manifester instaurée en 2002.

Ils parviennent aussi en 2013 à faire partir une escouade de 200 policiers qui stationnaient sur le campus depuis 2008. Lorsque la révolution se profile à l’horizon en 2014, l’ANEB et la FESCI-BF, l’autre syndicat estudiantin, publient une déclaration chacune. Elles ont mis Compaoré en garde sur son projet de modification de l’article 37 relatif au mandat présidentiel. La suite est connue de tous.

Le Sénégal n’est pas en reste de ce mouvement. Le chercheur Arouna Sy a au cours d’une étude comptabilisé 15 grèves importantes du mouvement syndical entre 1961 et 1989. Il en a dénombré 15 autres aussi importantes que les premières entre 1989 et 2008. « Ainsi, de 1960 à 2008 (en 48 ans), 30 grèves de grande ampleur et de longue durée ont été déclenchées par les élèves et/ou les étudiants. » constate-t-il.

L’histoire du syndicalisme estudiantin au Sénégal est des plus mouvementée. Entre 1965 et 1972, le pouvoir va dissoudre respectivement l’Union générale des étudiants Sénégalais, l’Union des Étudiants de Dakar (U.E.D.) et l’Union Démocratique des Étudiants Sénégalais (U.D.E.S.). S’ouvre alors une longue période de clandestinité qui prendra fin avec la mise en place de la Coordination des étudiants de Dakar en 1987.

Cette dernière a cédé depuis 2004 la place à l’Union générale des étudiants de Dakar (UGED).
L’activisme syndical des étudiants africains est aussi présent en Afrique anglophone. Du Nigeria au Kenya en passant par le Zimbabwe, les étudiants ont été les fers de lance de la contestation. Au Nigeria, par exemple, ils ont combattu la dictature du Général Babangida. Lorsque Sani Abacha suspend le processus démocratique en 1993, ils sont les premiers à prendre la rue.

Au Ghana, Kwamé N’Krumah bénéficiera des 1947 de l’appui stratégique de la WASU (West African Students’Union). Ce puissant syndicat crée en 1925 à Londres par des étudiants du Gambie, Ghana, Nigeria et Sierra-Leone sera de toutes les batailles. En 1941 déjà, Nkrumah et des étudiants ougandais créaient l’Association des Étudiants Africains à New-York.

Au Kenya, face au régime de Daniel Arap Moi qui rétrécissait les libertés individuelles, les étudiants Kényans ont lutté. Avec un pic des contestations en 1993. En Éthiopie, ce sont les étudiants qui sont en première ligne lors des évènements ayant entraîné la chute de l’Empereur Hailé Sélassié en 1974.
Dans les colonies lusophones, c’est sous la férule du Centro dos Estudos Africanos que les étudiants angolais et autres se réunissaient. Selon le chercheur congolais Anicet Mobe Fansiama « la plupart d’entre eux, Mario de Andrade, Edouardo Mondlane, Amilcar Cabral, adhérèrent à un important mouvement antifasciste, le Movienmento de Unidade Democratica Juvenil, dont Agostino Neto fut l’un des membres du comité central »

On retiendra que la conscience politique africaine avant et après la vague des indépendances n’est pas étrangère à l’activisme des étudiants africains. Ces pionniers ont habilement allié revendications syndicales et actions politiques pour peser sur le cours de l’histoire. Aujourd’hui encore les syndicats estudiantins ont une place importante dans la sphère politico-sociale des États africains.

 
 
impartialement
L’édito de Valery Foungbé
Le dilemme fondateur
Le 1 février 1969, Cyrus L. Sulzberger, journaliste au New York Times donnait cette réplique à Michel Débré qui se plaignait à lui sur le traitement qu’il faisait de la politique française dans son journal : « On ne peut attendre d’un journaliste des louanges. Il écrit pour expliquer et informer. Il entend, il observe, il analyse, puis il fait son rapport. Personne ne lui demande de tremper sa plume dans de l’acide. Mais il ne doit pas non plus la tremper dans de l’eau bénite. » Toute la problématique du journalisme est résumée dans cette phrase. Tout le dilemme du journaliste également. Peut-on être vraiment impartial en journalisme sans passer pour un partisan de l’immobilisme et des fuites en avant devant les
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